Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 21:50

 

Même si nous n’en sommes qu’au début de notre nouvelle vie de « gens de bateau », et sans savoir combien de temps cela va durer, je crois que l’on peut malgré tout faire un bilan de la mise en place de ce projet qui nous motivait depuis si longtemps:

- des doutes : nous avons en effet traversé des périodes de doute, à la fois sur le bien fondé de l’achat d’un bateau, sur le type de bateau, sur le budget à y consacrer, et par la suite nous avons beaucoup hésité sur la destination, tentés par un passage en Méditerranée avant de traverser l’Atlantique, influencés par tous ces récits de navigateurs pour qui tout semble si simple,

- des découragements : quand le bateau de nos rêves était largement au-delà de notre budget et que le seul qui nous paraissait accessible était si petit, ou si vieux….,

- des excitations : lorsque l’on se renseignait sur les différents bateaux, et encore plus quand on les visitait, mais également quand on rencontrait des propriétaires qui nous communiquaient leur passion et nous parlaient de leur expérience,

- des moments de pur bonheur : quand, enfin propriétaires de Delphin 2, nous nous préparions à le remonter en Bretagne, puis lorsque par 15 nœuds de vent de travers nous filions à 8,5 nœuds, ou encore lorsque nous nous retrouvons en famille sur l’eau, le bateau devenant une maison de vacances mobile que nous déplaçons de mouillage en mouillage,

- des moments d’angoisse, au moment d’entreprendre une manœuvre d’accostage avec vent décollant ou dans un espace réduit au fond d’une marina,

- des moments de ras le bol lors des remontées au moteur face au vent, dans des mers casse-bateau,

 

Dans ce bilan, il faut également lister les galères, qui se sont fort heureusement toutes bien terminées, qu’il s’agisse de bouts dans les hélices ou safrans, ou de manœuvres « chaudes ».

- une bouée de casier dans le safran gauche, près de Villamoura au Portugal, alors que nous étions vent de travers à 8 nœuds, n’arrivant pas à décrocher l’orin à l’aide de la gaffe, j’ai du le couper pour dégager le bateau,

- une amarre dans l’hélice gauche lors du départ d’un ponton à Figueira Da Foz au Portugal, le bateau se retrouvant en travers sur les autres. Il nous a fallu le remettre au ponton et j’ai plongé avec mon couteau dans une mer plutôt froide,

- une alarme surchauffe des deux moteurs quasi simultanément à la sortie du chenal de l’Aber Wrach, nous obligeant à revenir à Perros. Aurélien, à l’aise comme un poisson dans l’eau, aura toutes les peines du monde à dégager les moules qui s’étaient fixées sur le sail drive, obstruant les orifices d’aspiration d’eau de mer du circuit de refroidissement,

- l’orin d’une bouée d’amarrage dans l’hélice gauche à Roscanvel, vite dégagé par Aurélien,

- un bout flottant entre deux eaux et dérivant dans le port de Peniche au Portugal, qui est venu se prendre dans l’hélice droite au moment où nous quittions le ponton, mais cette fois j’ai pu le dégager avec la gaffe, depuis l’annexe,

- une pendille (bout qui part du quai et permet de s’amarrer par l’avant quand on accoste cul à quai) s’est prise dans l’hélice gauche lors de l’accostage au ponton à Las Palmas. Cette fois encore j’ai pu la dégager avec la gaffe,

- un départ en catastrophe d’un mouillage, après qu’un autre bateau nous ait arraché notre ancre. Nous étions au mouillage à Las Palmas , le vent soufflait à 30 nœuds sous les grains. Vers 22 heures (il faisait nuit depuis 20 heures) j’ai eu l’impression que le bateau mouillé devant nous, un autre cata, chassait car il se retrouvait au niveau du flotteur de notre orin (j’avais mis un bout avec un flotteur sur l’ancre pour pouvoir la récupérer au cas où elle crocherait dans une roche ou des détritus au fond). J’ai donc mis l’annexe à l’eau pour aller vérifier, et j’ai alerté le propriétaire. Celui-ci était sûr de lui, son bateau avait reculé un peu, mais il était stabilisé et il n’envisageait pas de manœuvrer. Craignant que mon orin ne se prenne dans une hélice ou un safran, j’ai alors pris le flotteur et largué l’orin, sachant qu’il serait difficile de le récupérer lorsque je relèverais l’ancre.
J’ai à peine eu le temps de rentrer à bord et de remonter l’annexe quand j’ai vu ce cata reculer à grande vitesse et presque aussitôt notre bateau s’est mis travers au vent, en dérivant rapidement vers le voilier qui était mouillé sur notre arrière. J’ai compris que notre ancre avait été décrochée et j’ai démarré les deux moteurs pour nous écarter du voilier que nous risquions de percuter. Entretemps le propriétaire du cata avait réalisé la situation et relevait son ancre pour aller mouiller plus loin. Guy, notre équipier a pris la barre et j’ai commencé à relever le mouillage, avant de laisser la place à Evelyne. Il fallait en effet que j’aille avec l’annexe saisir l’orin fixé sur l’ancre dès sa sortie de l’eau pour éviter qu’il ne se prenne dans une hélice.
J’ai attrapé l’orin comme prévu et m’apprêtais à le remonter lorsque la chaîne a dérapé du barbotin (la couronne du guindeau qui entraîne la chaîne), laissant l’ancre retomber de plusieurs mètres, m’obligeant à lâcher l’orin. Nous étions au plus fort d’un grain, le vent soufflait à plus de trente nœuds et l’annexe s’est retrouvée bloquée entre la coque tribord et la chaîne de l’ancre. Aussi, avant que j’aie pu la dégager, Evelyne avait actionné le guindeau et l’ancre a croché le boudin gauche de l’annexe, y provoquant une déchirure de 25 centimètres. J’ai saisi l’orin, sans pouvoir pour autant le remonter, aussi je l’ai coupé et, dans la mesure où il n’était pas dans une des hélices, j’en ai déduit qu’il était pris au fond.
L’annexe s’était remplie d’eau et flottait péniblement et nous avons beaucoup de mal à la hisser à bord après avoir terminé le mouillage. Cependant la déchirure était nette et j’ai pu faire réparer chez le concessionnaire Zodiac au Marin en Martinique,

- plusieurs empannages lors de la Transat, dont certains se sont terminés avec la grand voile bloquée sous le hauban, mais sans casse. Il fallait cependant démarrer les moteurs et se mettre face au vent dans une mer très forte, afin d’affaler partiellement la grand voile, la libérer du hauban et la hisser à nouveau,

- et la dernière en date, une bâche plastique de plusieurs mètres carrés qui s’est prise dans l’hélice droite dans le port de Kingstown à Saint Vincent. J’ai galéré pour la découper et enlever le plus gros, dans une eau sale, sans visibilité, et les amis de Myrtille ont fini le travail au mouillage de Béquia aux Grenadines.

……

 

Mais finalement tous ces petits soucis sont vite oubliés et il ne reste que les moments de bonheur, comme cette journée à l’îlet Mopion, aux Grenadines, le premier janvier 2008.…..

 

Bonne et heureuse année 2008

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Par evelyne
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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 20:28
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Sur les bons conseils du guide Imray, lors de notre visite du jardin botanique de Funchal, j’avais obtenu une autorisation de nous arrêter aux îles Selvagens, situées à mi-chemin entre Madère et les Canaries et réputées pour leur authenticité et leurs colonies d’oiseaux et nous pensions y faire une halte d’une nuit. Mais des prévisions de vent de Sud Est dans les 48 heures sur notre trajet allaient nous contraindre à avancer notre départ et à renoncer à cette escale. L’avenir nous donnera raison, car à Graciosa, bien à abri au port, nous aurons un vent de quarante nœuds de l’Est. Merci à Maxsea pour ces prévisions obtenues grâce au téléphone par satellite Iridium installé par la SEN à Brest juste avant notre départ.

 Le 21 octobre nous entamons cette étape de près de 300 nautiques en compagnie de Kalika, un autre Lagoon 410, dont les propriétaires, François et Anne Marie accompagnés de leurs deux filles, se préparent également à traverser vers les Antilles.

Dès notre départ je mets à l’eau la traîne confectionnée par le shipchandler de Machico, notre bas de ligne nous ayant abandonnés entre Cascaïs et Porto Santo. Je ne sais si ce montage est mieux approprié, mais nous pêchons une belle bonite qui finit rapidement au frigo, après une lutte inégale qui se termine dans un bain de sang et un grand nettoyage du cockpit.
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Le vent est au rendez - vous, oscillant entre le travers et le largue pour 15 à 20 nœuds, et dès la première nuit je dois réduire la toile pour arriver de jour à Graciosa, petite île au nord de Lanzarote.



Graciosa et Lanzarote

 

Le 21 octobre, au lever du jour, à notre arrivée dans le port de Graciosa, nous avons eu la chance d’avoir une place au ponton, ce port étant très souvent plein, contraignant les bateaux de passage à se mettre au mouillage. Nous sommes conquis par la tranquillité de cette petite île, ses jolies maisons de pêcheurs et ses rues de sable. Malgré le trafic intense de ferries qui déversent les touristes à la journée et l’absence d’eau et d’électricité au ponton (ce qui explique en partie le tarif extrêmement intéressant), nous nous sentons très bien dans cette marina et nous ne nous déciderons à partir qu’au bout de 12 jours occupés par les bains de mer (les premiers depuis notre départ de Brest !) et les ballades.

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Au cours de cette escale nous avons retrouvé plusieurs bateaux rencontrés lors de la descente de l’Espagne et du Portugal, ou à Brest comme Avel Mad, dont Mapilo parti de l‘Aber Wrach. Bien que largement minoritaires parmi les bateaux de voyage, quelques catamarans font partie de cette flotte de migrants. Nous cheminons ainsi avec un Bahia 46 français, un Lagoon 440 néerlandais et deux Lagoon 410 français (en plus du notre).

 

Avec un pincement au cœur de quitter cette île, qui par certains côtés nous faisait penser à Molène, nous mettons le cap sur Arrecife, la capitale de Lanzarote. La traversée se déroule sans problème, mais le mouillage nous occupera une partie de l’après-midi. Nous devrons nous y reprendre à cinq fois, par un vent de vingt nœuds, avant de jeter l’ancre devant une plage lugubre, dans un recoin du port marchand, près du quai des porte-conteneurs. Nous avons en effet été proprement expulsés de l’autre partie du port par la police. La seule place convenable pour nous se trouvait près du quai des pilotines et de la vedette de sauvetage en mer (leur SNSM) et, bien que nous étions à plus de cinquante mètres de ces vedettes, ces fiers professionnels de la mer ont fait venir la police, prétextant qu’ils devaient pouvoir bouger sans gêne jour et nuit pour leurs missions. Parlementer auprès des policiers n’y a rien changé.

Mais l’essentiel était de pouvoir laisser le bateau en sécurité pour aller explorer l’île et nous nous sommes résignés. 

La ville de Arrecife ne présentait pas beaucoup d’intérêt et, après avoir retrouvé Fabien et Clairevie de Avel Mad et fait la connaissance de Marco de Papagoyo, nous avons loué une voiture pour explorer l’intérieur de Lanzarote. Au programme, bien sûr, les marinas de Puerto Calero et Marina Rubicon (on ne se refait pas), mais surtout le parc national de volcans, la route des vins (avec dégustation, gulp !) et la maison-musée de César Manrique. Cet artiste local a, dans les trente dernières années, imprimé sa marque sur les chantiers immobiliers (style, nombre d’étages, couleur blanche des murs, encadrements des portes et fenêtres peints…).
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Sans aucun regret cette fois, le 07 novembre nous mettons le cap vers l’extrémité sud de l’île, pour aller mouiller devant la plage de Playa Blanca, tout près de Marina Rubicon. Nous nous retrouvons ici dans un environnement tout tourné vers le tourisme de masse, avec moultes résidences, hôtels, magasins, restaurants…Mais heureusement la saison touristique n’a pas encore commencé et le mouillage est agréable, malgré les ballets de jets ski, les bouées tractées et la musique des boîtes de nuit.


 

 

Par evelyne
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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /Jan /2008 00:58

La traversée de l’Atlantique pour des plaisanciers comme nous, ce n’est pas anodin, c’est un mythe, un rêve, un cauchemar…On y pense, beaucoup, depuis longtemps, avant même de quitter Brest. On la prépare activement depuis des semaines, puis un jour tout naturellement ça y est, on est devant, il n’y a plus qu’à se lancer. .. ou renoncer et attendre la belle saison pour remonter vers Brest ou en Méditerranée!!!

Entre La Gran Canaria et La Martinique il y a 2830 milles, je table sur 5,5 nœuds de moyenne, ce qui représente 21 jours de mer. Cela nous ferait arriver le 18 décembre, donc à temps pour accueillir Myrtille et ses amis qui nous rejoignent le 27, et pour le départ de notre équipier qui a un vol vers Paris le 22.

J’ai prévu de descendre jusqu’au 20 nord 25 ouest, soit 150 nautiques au nord des îles du Cap Vert, avant de mettre le cap sur la Martinique. Ainsi si Eole nous boude et que nous devons faire beaucoup de moteur, nous ferons une escale technique au Cap Vert pour compléter les stocks d’eau et de carburant . Pour la deuxième partie du trajet, plutôt que de m’embêter avec des calculs d’orthodromie, j’ai choisi de suivre des tronçons loxodromiques de 500 nautiques, la différence de distance étant négligeable car nous sommes pratiquement sur un parallèle.

Les prévisions météo sont bonnes et nous laissent espérer toucher rapidement les alizés, ces vents d’est-nord-est sympa qui soufflent bien, mais pas trop… (15 ou 20 nœuds c’est l’idéal) et poussent tranquillement sur une mer chaude où la houle est longue et régulière.

Nous sommes donc prêts, même si je n’ai pas pu lever le doute sur le pilote automatique qui affiche de manière erratique un code erreur dont personne parmi les nombreux techniciens que j’ai contactés n’a pu (ou voulu !) me donner la signification. Nous avons donc envisagé une panne du pilote qui nous obligerait à barrer le bateau (tout en espérant très fort que cela n’arrivera pas). 

Non sans émotion, nous quittons le port de Las Palmas le 27 novembre à 11 heures, après avoir fait les pleins complets (plusieurs caddies de nourriture, 800 litres d’eau, 450 litres de gazole et 30 litres d’essence et … plusieurs sacs de croquettes pour les chiennes) et salué certains de ceux que nous voyons depuis de nombreuses escales (Tara, Luc et Martine, Eve et Michel, Stéphane et Blandine…), en nous disant que nous les retrouverons peut-être de l’autre côté…

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Cette première journée, un vent d’est-nord-est de 15 à 20 nœuds nous pousse à 8 nœuds et nous permet de nous écarter rapidement de l’île. Dès la nuit (vers 18 heures !) nous sommes déjà en dehors des zones d’accélération brutale de vent qui peuvent surprendre les navigateurs entre les îles. Mais le lendemain, et pour deux jours, le vent nous lâche et c’est au moteur que nous avançons péniblement à 5 nœuds, d’autant qu’il semble que nous subissons un contre courant défavorable au voisinage du banc de l’Endeavour. 

Le 30 novembre le vent souffle à nouveau d’est-nord-est pour 20 nœuds, la mer est modérée et nous filons, les voiles en ciseau. Les moteurs sont coupés et je transfère 84 litres de gazole des jerricans dans les réservoirs, car je préfère avoir les réservoirs pleins pour faire face à toute situation et je ne sais pas si les conditions de mer des prochains jours permettront cette opération. Quelques grains ont bien rincé le bateau et nous avons pris notre premier poisson de la Transat, un « sabre » de 50 centimètres, délicieux bien que plein d’arêtes

Le premier décembre le vent est bien installé, 20 à 25 noeuds d’est-nord-est, et il devrait demeurer ainsi selon les prévisions « chopper » pour les 7 prochains jours. Je décide donc de mettre le cap direct sur la Martinique, 300 nautiques avant le point envisagé, raccourcissant ainsi le trajet de 80 nautiques, et abandonnant du même coup la possibilité d’une escale au Cap Vert.

Pour la suite de la traversée, nous aurons un vent moyen d’est de 20 à 25 nœuds, avec des passages fréquents à 30 nœuds et des montées à 45 nœuds sous grains. La mer est forte et croisée, ce qui la rend désagréable. En effet, sur une houle bien formée de nord-est (4 mètres en moyenne, avec quelques passages jusqu’à 6 mètres) viennent se superposer la mer du vent (1,50 mètre d‘est) ainsi qu’une houle de nord-ouest et, de temps en temps, des vagues parasites de sud-est venues d’on ne sait où. Cela génère de jolis creux et de nombreuses vagues de forme pyramidale qui frappent le bateau de tous les côtés, le soulevant parfois comme un fêtu de paille.


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   J ’ai en vain cherché une route au largue qui permette de conserver grand voile et génois, mais cette mer croisée ne m’ a pas laissé d’autre solution que de filer sous grand voile seule (avec 2 ou 3 ris) à 20 degrés du vent. Nous avons eu de nombreux départs au lof et plusieurs empannages, le pilote automatique n’étant pas toujours assez rapide pour rattraper le bateau quand une vague plus forte que les autres le faisait partir d’un côté ou de l’autre.

Une légère baisse du vent (20 nœuds) et parallèlement une mer moins chahutée au cours des deux derniers jours nous permettront enfin de souffler un peu et de remplacer la grand voile par le génois, améliorant sensiblement notre confort.

Nous avons été fréquemment à 8,5 nœuds, avec de très beaux surfs, dont de nombreux au-dessus de 13 noeuds avec un record à 16,8 nœuds sous pilote automatique qui s‘est terminé par un empannage un peu violent. Je me souviens d’ une belle poussée d'adrénaline la fois où le bateau est parti sur une vague un peu haute et a dévalé à 16,5 noeuds alors que je le barrais, bien calé vent arrière en pleine nuit noire, je me demandais quand et comment cela allait se terminer, mais ça s’est bien passé, le bateau est resté sur sa trajectoire. Ces surfs étaient impressionnants, à la fois par les vibrations et par le bruit (on se serait crus sur un manège de fête foraine, de ceux qui vibrent sur des rails vertigineux).

Nous sommes arrivés au mouillage de Sainte Anne, au sud de la Martinique, le 16 décembre à 07 heures 45 locales,( 11h45 à l’heure de Las Palmas), après 19 jours et 45 minutes de traversée. Nous avons parcouru 2792 nautiques sur le fond (ou sur la carte), ce qui fait une moyenne de 6,1 nœuds, le traceur indiquant quant à lui 3290 nautiques, soit une moyenne de 7,2 nœuds (le traceur prend en compte les déplacements mesurés au GPS, donc le trajet sur le fond plus tous les zig zag). Notre plus faible distance sur 24 heures aura été de 105 nautiques sur le fond (139 au traceur) et la plus élevée de 175 nautiques (199 au traceur).

Le pilote, malgré quelques pannes, aura rempli son rôle tout au long de la traversée. Pourtant, dès le deuxième jour il nous avait lâchés, mais après quelques démontages nous avions identifié la source de la panne (le moteur électrique) et le remède. La panne se produisait lorsque l’on voulait le remettre en fonction après un arrêt provoqué (on le coupait de temps en temps pour barrer à la main afin de stabiliser la trajectoire et gagner quelques degrés par rapport au vent). En fait une pulvérisation de WD40 et un petit coup sur le moyeu du moteur permettaient de le faire repartir ( à l’arrivée au port du Marin en Martinique, sur ces simples éléments, le technicien de DIGINAV me conseillera un changement des charbons qui réglera effectivement le problème!).

Malgré ces conditions difficiles, le bateau s’est bien comporté et je n’ai jamais senti la sécurité engagée, même si, bien évidemment , ce n'était pas le confort du ponton! On a continué à cuisiner (bravo à la cuisinière qui a assuré cette lourde tâche, nous régalant et nous assurant toujours du far, du riz au lait, des tartes maison pour les quarts de nuit), à se laver (j'ai fait tourner le moteur droit pour une douche chaude de temps en temps), à dormir (les chocs des vagues sur les coques et sous la nacelle ainsi que le bruit d'écoulement de l'eau quant on part en surf sont impressionnants et il faut être bien fatigué pour dormir, mais on compense par de fréquentes siestes!!!).

Nous avons vu cinq bateaux marchands et croisé quelques voiliers avec lesquels j'ai échangé sur VHF, mais nous avons eu plusieurs périodes de 3 ou 4 jours sans voir personne.

Notre pêche a été maigre, un poisson sabre de 50 centimètres, deux dorades coryphènes (50 et 70 cm), et 6 poissons volants qui se sont vautrés sur le pont, sur le trampoline, dans le cockpit et dans l'annexe (nous avons rejeté tous les autres, mais j'ai gardé le dernier que j‘ai mangé seul , Evelyne et Guy n‘en voulant pas, j‘ai trouvé que cela ressemblait au lieu). J’ai perdu tous les bas de ligne, ce qui laisse à penser qu’il y avait du poisson, tout comme le montre un squelette de mâchoire de poisson remonté sur l’hameçon, sans un gramme de chair dessus !

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La vie à bord s’est organisée tout naturellement dès le premier jour. Dans la journée il y avait toujours Guy ou moi pour suivre la marche du bateau, sans formaliser de quart. Je prenais la météo et fixais les options de route en fin de matinée, après avoir reporté la position sur la carte papier, à la fois pour le plaisir de suivre notre progression, et par précaution pour le cas où le GPS nous laisserait tomber.

Le découpage de la nuit s’est adapté au cycle de chacun. Guy se couchait vers 21 heures, moi vers 23 heures. Evelyne veillait jusqu’à 1 heure (parfois 2 heures), et je la relevais jusqu’à 3 heures ou 3 heures 30. Guy assurait jusqu’à 6 heures 30 ou 7 heures et je terminais la nuit, ce qui m‘a permis de profiter de merveilleux levers de soleil.

Nous avons changé d’heure pour respecter à peu près les fuseaux horaires, afin de vivre en concordance avec le jour et la nuit et de ne pas souffrir de décalage horaire à l’arrivée. 

A notre arrivée à Sainte Anne, nous avons retrouvé Kalika, qui nous a réservé un accueil chaleureux. Parti de Ténérife début novembre et ayant choisi de passer par le Cap Vert, François nous attendait pour que nous lui remettions une ancre récupérée pour lui à Las Palmas. Bien que beaucoup plus sud, il n’a pas non plus trouvé les conditions idylliques espérées par tous les plaisanciers qui se lancent pour une Transat.

Plus tard nous avons vu arriver d’autres bateaux qui, en provenance directe des Canaries ou étant passés au Cap Vert, ont souffert comme nous de conditions de vent et de mer difficiles. Tous espérons que le plus dur est derrière nous et que nous allons enfin trouver aux Antilles des mouillages et des zones de navigation tels que les décrivent ces récits de navigateurs qui nous ont tant fait rêver.

 

 

Par evelyne
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /Nov /2007 00:19
 

Nous avions envisagé de poursuivre sur Fuerteventura mais nous avons préféré mettre le cap sur Ténérife pour retrouver un peu de verdure. Après une traversée de 20 heures, nous sommes arrivés à la marina de Santa Cruz où nous avons bénéficié d’un accueil sympathique et d’un emplacement privilégié tout près de l’ensemble des installations.

Par ailleurs la marina se trouve au centre ville que nous avons pu découvrir à pied.

Profitant de ces facilités et de la présence de grands supermarchés, nous avons fait le plein de denrées non périssables en prévision de la traversée. Fort heureusement, Carrefour nous a livré au ponton les trois caddy bien remplis.

Une fois cette corvée effectuée, nous avons eu tout le loisir de louer une voiture et visiter l’île où nous avons pu approcher le plus haut sommet d’Espagne (le mont Teide, 3717 m). Nous avons visité Masca, un petit village typique, et poursuivi vers la côte sud très touristique avec de grands hôtels et des résidences de location. Nous avons trouvé un petit restaurant où, pour une fois, nous nous sommes régalés avec du poisson grillé.

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Mais les jours passent très vite, nous sommes déjà le 17 novembre et il nous faut rejoindre Las Palmas sur Gran Canaria pour préparer le grand saut et accueillir notre équipier. 
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La marina est saturée par l’ARC, rallye britannique rassemblant près de 250 bateaux qui partiront le 25 novembre vers Sainte -Lucie aux Antilles. Nous nous glissons au mouillage où nous retrouvons de nombreux bateaux rencontrés lors de notre descente dont un jeune couple Ève et Michel que nous n’avions pas revu depuis Brest ainsi que les copains d’ Aurélien et de Malika qui naviguent sur la belle Verte. Nous avons retrouvé également Luc et Martine qui naviguent sur un Bahia 46 et c’est avec plaisir que nous avons échangé avec eux sur leur expérience de vie sur un catamaran aux Antilles car ils ont acheté leur bateau en Martinique et ont navigué 2 saisons là-bas. Cela nous motive pour entamer la grande traversée.

Guy, notre équipier, est arrivé comme prévu le 21 novembre. Il s’est tout de suite adapté à notre rythme de vie, et l’équipage est à présent au complet. Trop préoccupés par les derniers préparatifs, cette escale ne sera pas tournée vers le tourisme, si ce n’est la visite de la maison de Christophe Colomb aménagée en musée. C’est une jolie demeure située dans la vieille ville, quartier beaucoup plus agréable que celui de la marina, saturé d’immeubles et de grands avenues très encombrées de voitures.
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Donc dernières petites choses à régler et nous quittons le mouillage pour une place au ponton à la marina le 25 novembre après-midi, juste après le grand rush de l’ARC. Nous avons pu faire une grande toilette du bateau et avons fixé le départ au mardi 27 novembre, à moins que la météo ne change.

 

Par evelyne
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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 18:59

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La naissance du projet

Notre attrait profond pour la mer nous a conduits, dès 1978, à investir nos premières économies dans un corsaire, dériveur de 5,50 mètres construit en 1955. Sur ce fier et robuste bourlingueur, nous avons goûté aux joies du cabotage et découvert les charmes de la vie sur l’eau, malgré un confort très spartiate et quelques mésaventures, liées à la fois aux conditions de navigation sur les côtes bretonnes et à l’état du bateau. Nous lorgnions alors sur nos voisins de mouillage et de ponton qui semblaient si bien sur leur 7 ou 8 mètres.

Plus tard, la famille s’étant agrandie et la mobilité professionnelle étant incompatible avec la possession d’un bateau, c’est sur des croiseurs de location que nous avons ponctuellement navigué, nous promettant de concrétiser dès que possible notre rêve de vivre sur un bateau. Arpentant sans cesse les pontons, fréquentant les salons nautiques et rencontrant des « gens de bateau », nous forgions notre projet, sûrs qu'un solide monocoque de 12 mètres ferait notre bonheur. Mais une semaine de navigation sur un catamaran à l'île des Pins en Nouvelle Calédonie allait bousculer nos convictions et nous faire opter pour un cata.

C'est donc après une longue recherche sur tous les sites d'annonces que nous avons trouvé le cata de nos rêves, un magnifique Lagoon 410 qui, après quelques années de navigation en Corse, nous attendait à Port Camargue.

 

Les premiers bords à bord

C’est sur le site de « Chemins d’océans », concessionnaire Lagoon à La grande Motte que nous avons trouvé le bateau. Ce concessionnaire a été notre seul interlocuteur, à la fois pour les visites, l’expertise et les travaux que le précédent propriétaire prenait à sa charge.

La qualité des contacts établis nous a mis en confiance et a calmé quelque peu l’angoisse qui nous prenait au moment de concrétiser le projet. Enfin, le 18 avril 2006 nous prenions possession du bateau à Port Camargue, où nous avons passé trois semaines, découvrant la vie des gens de bateau, courant de ship en ship, approvisionnant équipements et nourriture.

Le grand jour est enfin arrivé, et nous avons quitté Port Camargue le 10 mai, le concessionnaire nous accompagnant sur la première étape jusqu’à Ibiza. Là, Aurélien et Myrtille nous ont rejoints et nous avons rallié Gibraltar et Villamoura, au sud du Portugal, enchaînant le plaisir du portant à 9 nœuds et la frustration du vent de face au moteur, avec de temps en temps la visite excitante des dauphins.

Leurs vacances terminées, Aurélien et Myrtille sont rentrés et nous avons caboté le long du Portugal et de l’Espagne, profitant le matin de rares moments de voile pure, car les vents s’établissaient au nord tous les après-midi, nous obligeant à beaucoup de moteur. Nous avons fait quelques escales tourisme, en particulier pour visiter Lisbonne et Porto. L’étape de La Corogne à Camaret n’a pas été la plus facile, car nous avons galéré contre un vent d’Est Nord Est bien établi, rendant cette traversée du Golfe de Gascogne fidèle à sa réputation. Aussi c’est avec soulagement que, le 6 juin, nous remontons le chenal du Four et la rivière de l’Aber Wrach, jusqu’au mouillage que Denis Prigent avait gentiment mis à notre disposition à Perros.

Le retour à la vie de terrien nous pique aux yeux, retrouvant les travaux laissés en suspends dans la maison. Mais de temps en temps nous nous échappons, faisant découvrir les plaisirs de la mer à la famille et aux amis de passage. Nos escapades nous mènent en baie de Douarnenez , à Camaret et à Lanildut, mais notre destination préférée est bien sûr Molène où nous passons d’inoubliables moments, le bateau bien en sécurité au corps-mort que la SNSM nous prête. Eole, à peine âgé de deux mois sera de la partie et vivra de beaux surfs à 10 nœuds au large du goulet de Brest.

L’ultime préparation

L’hivernage au chantier Bégoc à Saint Pabu aura permis de redonner belle allure aux œuvres vives, grattées, poncées puis repeintes. Dans le même temps le parc de batteries de servitude et le chargeur de batteries ont été changés, le tout complété par un panneau solaire.

Enfin, après une trop courte période de navigation à Molène, Ouessant et l’île de Sein, il a fallu rejoindre le port du Moulin Blanc en rade de Brest pour l’installation de l’Irridium et des logiciels qui allaient nous permettre de rester en contact avec la famille et de recevoir les prévisions météo en mer.

Il a fallu se résoudre également au remplacement du radar qui fonctionnait de manière aléatoire. Pendant ce temps, rongeant notre frein, nous avons vu passer de nombreux bateaux qui profitaient d’un vent de Nord Est bien établi pour « dégolfer » vers La Corogne.

 

Le grand saut

Les soutes bien remplies, les travaux achevés, nous sommes enfin prêts et quittons Brest le 20 septembre, malgré un vent de Sud Ouest qui nous annonce une nouvelle traversée du Golfe de Gascogne au près (certains diront que nous sommes condamnés au vent de face !!!).

Mais nous franchissons malgré tout le cap Finisterre et pouvons alors souffler un peu et découvrir Saint Jacques de Compostelle et cette belle région des rias espagnoles. Nous n’en avons pourtant pas fini des caprices d’Eole, et subirons du vent de sud jusqu’à Lisbonne. Là, au mouillage de Cascaîs, nous décidons qu’il est temps de quitter la vieille Europe et mettons le cap sur l’archipel de Madère, renonçant définitivement à l’alternative « méditerranée » qui nous a beaucoup tentés


Au mouillage à CASCAIS près de LISBONNE.

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L’archipel de Madère

Le 12 octobre, après 3 jours de portant (enfin !!!) et 500 nautiques, nous découvrons Porto Santo. La douceur du climat et la quiétude des habitants compensent largement les paysages pelés manquant de charme et nous restons savourer quelques jours au mouillage.

Le 16 octobre,un saut de puce de 30 nautiques nous amène à Machico, petit port à l’est de Madère où nous mouillons devant une plage de galets. Cette escale nous permettra de découvrir Funchal, son superbe marché multicolore, son jardin botanique et ses spectaculaires points de vue.

Après le stress des préparatifs, les doutes sur le bien fondé de notre choix, nous commençons enfin à prendre un peu de recul et à apprécier les bons moments de cette nouvelle vie, qui ressemble étrangement à de longues vacances.

Par evelyne
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