Même si nous n’en sommes qu’au début de notre nouvelle vie de « gens de bateau », et sans savoir combien de temps cela va durer, je crois que l’on peut malgré tout faire un bilan de la mise en place de ce projet qui nous motivait depuis si longtemps:
- des doutes : nous avons en effet traversé des périodes de doute, à la fois sur le bien fondé de l’achat d’un bateau, sur le type de bateau, sur le budget à y consacrer, et par la suite nous avons beaucoup hésité sur la destination, tentés par un passage en Méditerranée avant de traverser l’Atlantique, influencés par tous ces récits de navigateurs pour qui tout semble si simple,
- des découragements : quand le bateau de nos rêves était largement au-delà de notre budget et que le seul qui nous paraissait accessible était si petit, ou si vieux….,
- des excitations : lorsque l’on se renseignait sur les différents bateaux, et encore plus quand on les visitait, mais également quand on rencontrait des propriétaires qui nous communiquaient leur passion et nous parlaient de leur expérience,
- des moments de pur bonheur : quand, enfin propriétaires de Delphin 2, nous nous préparions à le remonter en Bretagne, puis lorsque par 15 nœuds de vent de travers nous filions à 8,5 nœuds, ou encore lorsque nous nous retrouvons en famille sur l’eau, le bateau devenant une maison de vacances mobile que nous déplaçons de mouillage en mouillage,
- des moments d’angoisse, au moment d’entreprendre une manœuvre d’accostage avec vent décollant ou dans un espace réduit au fond d’une marina,
- des moments de ras le bol lors des remontées au moteur face au vent, dans des mers casse-bateau,
Dans ce bilan, il faut également lister les galères, qui se sont fort heureusement toutes bien terminées, qu’il s’agisse de bouts dans les hélices ou safrans, ou de manœuvres « chaudes ».
- une bouée de casier dans le safran gauche, près de Villamoura au Portugal, alors que nous étions vent de travers à 8 nœuds, n’arrivant pas à décrocher l’orin à l’aide de la gaffe, j’ai du le couper pour dégager le bateau,
- une amarre dans l’hélice gauche lors du départ d’un ponton à Figueira Da Foz au Portugal, le bateau se retrouvant en travers sur les autres. Il nous a fallu le remettre au ponton et j’ai plongé avec mon couteau dans une mer plutôt froide,
- une alarme surchauffe des deux moteurs quasi simultanément à la sortie du chenal de l’Aber Wrach, nous obligeant à revenir à Perros. Aurélien, à l’aise comme un poisson dans l’eau, aura toutes les peines du monde à dégager les moules qui s’étaient fixées sur le sail drive, obstruant les orifices d’aspiration d’eau de mer du circuit de refroidissement,
- l’orin d’une bouée d’amarrage dans l’hélice gauche à Roscanvel, vite dégagé par Aurélien,
- un bout flottant entre deux eaux et dérivant dans le port de Peniche au Portugal, qui est venu se prendre dans l’hélice droite au moment où nous quittions le ponton, mais cette fois j’ai pu le dégager avec la gaffe, depuis l’annexe,
- une pendille (bout qui part du quai et permet de s’amarrer par l’avant quand on accoste cul à quai) s’est prise dans l’hélice gauche lors de l’accostage au ponton à Las Palmas. Cette fois encore j’ai pu la dégager avec la gaffe,
- un départ en catastrophe d’un mouillage, après qu’un autre bateau nous ait arraché notre ancre. Nous étions au mouillage à Las Palmas , le vent soufflait à 30 nœuds sous les grains. Vers 22
heures (il faisait nuit depuis 20 heures) j’ai eu l’impression que le bateau mouillé devant nous, un autre cata, chassait car il se retrouvait au niveau du flotteur de notre orin (j’avais mis un
bout avec un flotteur sur l’ancre pour pouvoir la récupérer au cas où elle crocherait dans une roche ou des détritus au fond). J’ai donc mis l’annexe à l’eau pour aller vérifier, et j’ai alerté
le propriétaire. Celui-ci était sûr de lui, son bateau avait reculé un peu, mais il était stabilisé et il n’envisageait pas de manœuvrer. Craignant que mon orin ne se prenne dans une hélice ou un
safran, j’ai alors pris le flotteur et largué l’orin, sachant qu’il serait difficile de le récupérer lorsque je relèverais l’ancre.
J’ai à peine eu le temps de rentrer à bord et de remonter l’annexe quand j’ai vu ce cata reculer à grande vitesse et presque aussitôt notre bateau s’est mis travers au vent, en dérivant
rapidement vers le voilier qui était mouillé sur notre arrière. J’ai compris que notre ancre avait été décrochée et j’ai démarré les deux moteurs pour nous écarter du voilier que nous risquions
de percuter. Entretemps le propriétaire du cata avait réalisé la situation et relevait son ancre pour aller mouiller plus loin. Guy, notre équipier a pris la barre et j’ai commencé à relever le
mouillage, avant de laisser la place à Evelyne. Il fallait en effet que j’aille avec l’annexe saisir l’orin fixé sur l’ancre dès sa sortie de l’eau pour éviter qu’il ne se prenne dans une
hélice.
J’ai attrapé l’orin comme prévu et m’apprêtais à le remonter lorsque la chaîne a dérapé du barbotin (la couronne du guindeau qui entraîne la chaîne), laissant l’ancre retomber de plusieurs
mètres, m’obligeant à lâcher l’orin. Nous étions au plus fort d’un grain, le vent soufflait à plus de trente nœuds et l’annexe s’est retrouvée bloquée entre la coque tribord et la chaîne de
l’ancre. Aussi, avant que j’aie pu la dégager, Evelyne avait actionné le guindeau et l’ancre a croché le boudin gauche de l’annexe, y provoquant une déchirure de 25 centimètres. J’ai saisi
l’orin, sans pouvoir pour autant le remonter, aussi je l’ai coupé et, dans la mesure où il n’était pas dans une des hélices, j’en ai déduit qu’il était pris au fond.
L’annexe s’était remplie d’eau et flottait péniblement et nous avons beaucoup de mal à la hisser à bord après avoir terminé le mouillage. Cependant la déchirure était nette et j’ai pu faire
réparer chez le concessionnaire Zodiac au Marin en Martinique,
- plusieurs empannages lors de la Transat, dont certains se sont terminés avec la grand voile bloquée sous le hauban, mais sans casse. Il fallait cependant démarrer les moteurs et se mettre face au vent dans une mer très forte, afin d’affaler partiellement la grand voile, la libérer du hauban et la hisser à nouveau,
- et la dernière en date, une bâche plastique de plusieurs mètres carrés qui s’est prise dans l’hélice droite dans le port de Kingstown à Saint Vincent. J’ai galéré pour la découper et enlever le plus gros, dans une eau sale, sans visibilité, et les amis de Myrtille ont fini le travail au mouillage de Béquia aux Grenadines.
……
Mais finalement tous ces petits soucis sont vite oubliés et il ne reste que les moments de bonheur, comme cette journée à l’îlet Mopion, aux Grenadines, le premier janvier 2008.…..
Bonne et heureuse année 2008